Il faut que l’on parle du réchauffement climatique et de l’environnement

Article d'origine : Il faut que l’on parle du réchauffement climatique et de l’environnement – L'Économiste Sceptique

Ou pourquoi j’ai une mauvaise intuition sur ce que dit Jean-Marc Jancovici, et pourquoi que je veux explorer cette intuition

Plus les sujets sur lesquels un « expert » médiatique s’exprime se diversifient, des sujets qui ne sont pas sa spécialité, plus je me méfie de son discours en général :arrow_down:

Après JMJ qui se prend pour un économiste, voici JMJ qui se prend pour un politologue.

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Je n’avais pas vu passer. C’est en effet un beau red flag.

Après quelques échanges remettant en question mon attachement à la liberté d’expression, je précise ma pensée.

Certes, Jancovici est instruit sur les questions d’énergie-climat. Dans une logique de débat, il ne me paraît évidemment pas problèmatique de le faire intervenir sur une question qui mérite d’être posée. Après tout, tout le monde a le droit de s’exprimer et si un média, ou en l’occurence une association, est prêt a relayer nos opinions, aucun souci.

Mais alors qu’est-ce qui me dérange ? La réponse se trouve dans la description de l’événement sur Instagram et Facebook :

La Conférence Olivaint a l’honneur de vous convier à la conférence inaugurale de la Commission Transitions en présence de Jean-Marc Jancovici, ingénieur de formation (X 81), co-fondateur de Carbone 4, le premier cabinet de conseil spécialisé en stratégie carbone, président du « Shift Project », think-tank de la transition énergétique, mais aussi enseignant et essayiste à succès sur la question climatique.
Ce lundi 20 septembre, en Amphithéâtre Oury à la Sorbonne, sans perdre le sens de l’humour ni la rigueur scientifique, Jean-Marc Jancovici nous montrera sans détour le vrai visage des enjeux politiques de la transition énergétique.

La première partie ne me paraît pas trompeuse et présente JMJ pour ce qu’il est : un ingénieur dirigeant une entreprise de conseil dans la transition bas-carbone, ainsi qu’un président d’un laboratoire d’idées, un enseignant et un essayiste. L’ ordre de ses casquettes est d’ailleurs pertinent et colle avec leur volume horaire respectif, selon les déclarations de l’intéressé : Jean-Marc Jancovici est d’abord un ingénieur, ensuite président d’un think tank, puis un enseignant, enfin un essayiste.

La seconde partie : aïe ! Le message et sa formulation « sans perdre […] la rigueur scientifique, [il] nous montrera le vrai visage des enjeux politiques de la transition énergétique » présente le personnage et son discours comme détenteurs d’une vérité étayée par les connaissances scientifiques. De plus, on s’attend à des propos en rupture avec un discours mainstream, un « seul contre tous » que l’on retrouve également quand il parle de science économique : « le vrai visage ».

J’ai quand même la forte impression que JMJ est ici présenté comme il est présenté par ses tenants, un expert de la transition énergétique dans toutes ses dimensions : technique, naturelle, économique, et à présent politique, capable de fournir une théorie du tout, dont il faut absolument se méfier.

Cette prudence nécessaire à adopter devant le discours d’un non-expert n’est à mon sens pas clairement suggérée. Je ne vois nulle part les notions d’avis ou d’opinion d’une personnalité militant pour la transition écologique, bien plus appropriées.

S’il aurait certainement été heureux que M. Jancovici décline l’invitation, il y a plein de raisons qui expliquent qu’il l’ait acceptée et cet événement particulier s’inscrit dans une certaine continuité — même s’il a déjà eut l’humilité de simplement renvoyer son interlocuteur vers la littérature scientifique (notamment sur les questions de nucléaire et les rapports de l’ASN ou de l’UNSCEAR, un sujet sur lequel il est pourtant plus compétent au regard de sa formation).

C’est donc davantage vers la Conférence Olivaint que ma critique se tourne. Ses membres connaissent vraisemblablement la propension de Jancovici à parler de la transition écologique au sens très large, tapant parfois loin de son domaine d’expertise. Même s’il ne s’agit que d’une intuition, je ne vois pas non plus comment peuvent-ils ignorer l’aura du personnage, son statut, sa légitimation et l’effet de son excellente rhétorique sur son auditoire. À vrai dire, je pense que c’est même pour ça qu’il est invité.

Je crois savoir à peu près à quel discours l’on doit s’attendre lors de cette conférence, JMJ ayant déjà eu l’occasion de disserter sur le sujet. Mais je suspends mon jugement sur le contenu : la conférence se tient aujourd’hui 20 septembre. J’essaierai de m’y rendre et peut-être aurai-je une bonne surprise à son écoute et que ses arguments ne seront pas sorti d’un chapeau nommé « Bon sens », qui bien souvent, va dans le mauvais. Enfin, j’ai l’espoir que son audience d’étudiants sache lui donner la réplique et émousser un peu le piédestal sur lequel il est placé ! :slight_smile:

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Tu as pu assister à l’évènement finalement ? Si oui, n’hésite pas à nous partager ton analyse :slightly_smiling_face:

Ton analyse est par ailleurs très intéressante analyse. Je partage ton point de vue que le problème est ici plutôt du côté des organisateurs, même si pour moi, JMJ est aussi en faute : c’est sa responsabilité de refuser des invitations portant sur des sujets dont il pense qu’il n’est pas compétent. On retrouve là, je crois, la confusion à la fois chez lui, mais aussi chez une partie de ses « fans », qu’il serait capable de parler de tout de manière rigoureuse. On voit bien que sur l’économie, ce qu’il dit est souvent extrêmement contestable.

Je ne doute pas que sur certains sujets il est non seulement capable d’en parler, mais en plus de ça, d’en parler de manière rigoureuse. Mais il faut faire très attention à l’effet de halo. C’est d’ailleurs bien pour ça que je me garde, sur L’Économiste Sceptique, de parler de tout sujet sur lequel je ne me sens pas un minimum compétent.

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Malheureusement, toutes les places étaient prises et aucune retransmission ou enregistrement de la conférence n’a été prévue :pensive:. Je ne pourrai pas donc aller beaucoup plus avant dans mon intervention.

FYI : JMJ doit commencer à accumuler les critiques à l’encontre de son discours, puisqu’il se sent obliger d’y répondre sur LinkedIn (son réseau privilégié) en développant le même laïus : Jean-Marc Jancovici on LinkedIn: Opinion | La décroissance contre l'écologie | 15 comments

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@Un_Empiriciste Ça peut t’intéresser ce texte de Jancovici.

Pas vraiment, c’est la même soupe monocausale ! Factuellement, dire en revanche que la croissance n’est plus là en Europe depuis 10 ans est excessif. Sinon, d’un point de vue normatif, je suis d’accord depuis longtemps avec la thèse qu’il ne faut plus regarder la croissance mais d’autres indicateurs de bien-être.

Tout d’abord, bonjour et merci pour le site et les articles. J’ai passé la journée à les lire (ainsi que ceux de @Un_Empiriciste dont je remercie également). Ça m’a permis de bien me remettre en question sur mes préjugés (que je savais en partie faux) sur les économistes.

Je sens que cette série d’articles va beaucoup m’intéresser. Afin de vous aider à la rédaction et peut-être à répondre à des questions / mauvaises interprétations d’un ignorant du sujet, j’essaye ci-dessous de mettre ce que je comprends de la question. J’écris certaines phrases comme déclaratives et comme ce qui me parait naïvement « évident ». Je n’apporte aucune preuve/source de ce que je dis car je ne suis pas sûr que ça soit vrai. Je cherche justement à me mettre en défaut afin de vous permettre de me contredire et serai ravi de changer d’opinion. Je me suis ici concentré sur le sujet de la croissance infinie.

Tout d’abord par rapport à cette phrase :

C’est un argument souvent entendu, qui semble en apparence raisonnable mais qui n’a pour moi aucun sens. Comme le dit Max Roser, qui argumente que l’on devrait viser une croissance infinie ?

De ce que je comprends, on cherche à avoir une croissance du PIB et c’est un objectif qui me semble être évident et immuable dans le débat politique ces dernières décennies. J’ai d’ailleurs eu une discussion hier sur le sujet (entre ignorants économiques, c’est toujours plus intelligent :roll_eyes: ) et ça semblait évident à mes interlocuteurs que l’économie va toujours croître (pour être un peu plus précis sur leurs dires, on va croître, se prendre une crise climatique puis on va recroître derrière). D’autres interlocuteurs dans ma sphère privée me disent que l’humain voudra toujours consommer plus et donc aller vers plus de croissance.

Par contre, dans le milieu économique, j’ignore complètement les arguments et positions existantes et j’avoue être perdu pour trouver des articles de vulgarisation sur la question et savoir comment et à qui accorder ma confiance. Est-ce que le concept de croissance est vraiment poussé, sur quels critères, à quel point, y a-t-il des alternatives… ?

D’ailleurs, pourquoi parle-t-on de croissance ? À quel enjeux c’est censé répondre ? De ce que je comprends de la rhétorique, c’est pour augmenter notre confort mais je ne vois pas en quoi la croissance augmente le confort. Si je prends un exemple simple : j’achète un lave-linge que je garde dix ans a le même confort que si j’en achète deux que je garde cinq ans chacun (j’ignore ici l’inconfort de changer et le confort de la nouveauté et toutes les autres variables, sûrement à tort). Le premier cas génère moins de PIB que le deuxième mais le confort est constant, non ?

“Vous ne pouvez pas avoir une croissance infinie avec une planète finie”

Bien qu’on entende souvent cette phrase (et je l’ai sûrement utilisée par abus), je préfère la tourner ainsi : « Comment peut-on avoir une croissance infinie dans un monde fini ? » (en supposant que c’est qu’on souhaite, hypothèse que je ne partage guère mais que prends dans la suite de ce commentaire). La déclaration « on peut avoir une croissance infinie dans un monde fini » est, pour moi, extraordinaire et devrait donc avoir des preuves importantes. Autant une économie de services, je comprends en partie car on n’échange pas du « virtuel », ce qui est différent dans une économie matérielle (et on a un mix des deux). Dans cette situation, comment ne pas arriver aux limites ?

Je comprends croissance comme étant étant augmentation du PIB et PIB comme la valeur des échanges de biens et services (mesuré en €/$). Plus la valeur augmente, plus il y a de produits / services vendus ou la qualité du service est plus importante, corrigé de l’inflation. Si on augmente le PIB, ça signifie qu’on augmente ces flux. Si on est dans une croissance infinie, ça signifie donc qu’on va toujours avoir de plus en plus de flux dans un même temps donné. Et si la croissance est constante, la consommation est exponentielle. Je n’arrive pas à voir comment c’est faisable.

En ce qui concerne les ressources, on a souvent une confusion entre réserve et limites géologiques (le réveilleur en parle d’ailleurs dans une de ses vidéos). On peut arguer que les limites géologiques sont importantes. Par contre, si on croit à l’infini, comment peut-on assurer qu’on restera toujours sous ces limites, même en tenant compte du recyclage et de l’utilisation de nouvelles ressources pour remplacer les existantes qui viennent à manquer ?
J’entends aussi l’argument que plus une ressource est rare, plus elle va devenir chère. Je ne suis pas sûr que ça soit le cas, le prix du pétrole ne me semblant pas représentatif de cette idée, avons-nous des études sur la question ? De même, l’augmentation du prix de la ressource est-elle considérée comme un ajout de valeur (du point de vue de la croissance) ou simplement de l’inflation ?

Désolé de ce très long texte. J’espère qu’il vous sera toutefois utile dans la rédaction de vos articles pour dénoncer des biais / mécompréhensions qu’on peut avoir.

Encore une fois, merci pour vos articles. :pray:

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Bonsoir et bienvenue ! Merci pour votre message :slightly_smiling_face:

Je le lis à tête reposée et vous répond ASAP.

Merci de votre message ! Je vais finir par trouver le temps de répondre aussi

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