Facebook se fiche des effets négatifs de sa plateforme sur la société

Très intéressante enquête dans le New York Times sur la bataille, à l’intérieur de Facebook, autour de la transparence et de la connaissance des effets négatifs que la plateforme peut avoir sur la société.

Facebook a en effet récemment stoppé un outil permettant d’explorer les données d’engagement des publications sur la plateforme. Cet outil était utilisé par des journalistes, et a permis notamment de mettre en évidence qu’aux USA, les publications d’influenceurs d’extrême-droite était régulièrement bien plus partagé que des publications de médias traditionnels.

Je trouve cette phrase de l’article particulièrement éclairante :

Facebook’s executives were more worried about fixing the perception that Facebook was amplifying harmful content than figuring out whether it actually was amplifying harmful content

Plus loin :

“One of the main reasons that I left Facebook is that the most senior leadership in the company does not want to invest in understanding the impact of its core products,” Mr. Boland [la personne responsable de l’outil que Facebook vient de stopper] said, in his first interview since departing. “And it doesn’t want to make the data available for others to do the hard work and hold them accountable.”

La modération du contenu sur toutes ces plateformes (Facebook, Twitter, YouTube) est trop souvent affligeante. Bien modérer coûte cher, et on peut se dire qu’avec une modération à la hauteur, le modèle économique d’une partie de ces firmes s’effondrerait.

Cette enquête montre également que la modération est peut-être aussi médiocre parce que son objectif n’est pas de résoudre les problèmes, mais de donner l’image que Facebook résous les problèmes. C’est que derrière, il y a des enjeux colossaux pour Facebook : de plus en plus d’États envisagent des régulations diverses, et Facebook essaie de prouver (d’après moi, sans le moindre succès jusqu’ici) que la plateforme peut se réguler elle-même – et qu’il n’est donc pas nécessaire d’avoir des régulations étatiques.

Très honnêtement, je pense que ces régulations finiront par arriver, et que dans 10 ou 20 ans, on regardera notre époque où les fake news ont librement proliféré sur des plateformes agissants sans aucunes régulations de la même manière qu’on regarde cette époque où l’on pouvait fumer dans les trains, les restaurants et sur les lieux de travail.