De la faisabilité politique de la décroissance

Je ne vais pas me cacher derrière mon petit doigt : je ne pense pas que la décroissance soit aujourd’hui un programme faisable politiquement.

Je ne dis pas que je suis pour ou contre, je dis plutôt la chose suivante : dans une démocratie libérale, ce sont les élus qui déterminent (en partie) l’évolution des politiques publiques. Lorsqu’il est question d’un projet aussi radicalement différent du modèle actuel, il me paraît irréaliste d’envisager une implémentation de la décroissance autrement que par les urnes. Ou alors il faut envisager de quitter le champ de la démocratie, et pour ma part je refuse catégoriquement d’envisager une telle perspective.

La probabilité de voir la décroissance devenir le modèle dominant dépend donc de la capacité de leaders politiques ayant un programme de décroissance à se faire élire. Et je pense qu’on en est très, très loin. Il suffit de regarder l’offre politique dominante (en France comme dans d’autres pays développés) pour s’en convaincre.

Au-delà des implications socio-économiques mêmes de la décroissance (le fond), la forme n’est sans doute pas extrêmement appétissante non plus. En d’autres termes, la décroissance a peut-être un problème de marketing. C’est en tout cas ce qu’argumente de manière à mon avis très convaincante Clément Viktorovitch dans ce segment :

Un dernier point : mon argument sur sa faisabilité politique porte sur sa faisabilité politique aujourd’hui. Peut-être que dans 10, 20 ou 50 ans, la décroissance sera une option faisable politiquement. Mais pour le moment, elle ne l’est pas. Ce qui me fait me dire qu’il faut explorer d’autres pistes pour lutter contre le réchauffement climatique : les efforts actuellement faits ne sont déjà pas suffisants, et je doute que nous ayons le luxe d’attendre encore plus longtemps que la décroissance devienne politiquement faisable pour l’envisager comme solution. En admettant, d’ailleurs, que ce soit une solution efficace au réchauffement climatique. De mon point de vue, il faut creuser d’autres pistes, plus réalistes politiquement à court terme.

Et vous, quel est votre avis sur la faisabilité politique de la décroissance ?

1 « J'aime »

Pour avoir lu un peu sur le sujet je suis d’accord.
De plus, le concept reste assez abstrait: comment la met-on en pratique? Encore plus fondamentalement, j’ai l’impression que la décroissance se base sur l’idée que si nous réduisons nos activités on pourrait retrouver un équilibre homme-nature. Mais cet équilibre n’a jamais existé, voir les traces de déforestations qui remontent très loin dans le passé.

Il y a aussi l’aspect marketing et explicatif. A part cet extrait, on entend souvent « la décroissance ca n’est pas ceci ou cela » plus rarement ce que c’est vraiment.

Certaines idées sont intéressantes: luttes contre les inégalités, développement des pays pauvres, critique du PIB. Mais elles ne sont pas nécessairement liées à la décroissance.

J’ai un peu débordé du cadre. Politiquement ça parait difficilement envisageable, et je me refuse également à envisager d’autres voies. D’un point de vue efficacité je pense que le débat mérite d’avoir lieu.

3 « J'aime »