Une persistance des courants de pensée en économie ?

Sur ce tweet, l’économiste Jean-François Ponsot présente un extrait de son livre L’économie post-keynésienne :closed_book: : un schéma des filiations des écoles de pensée en macroéconomie :arrow_down:

Plusieurs choses sur ce schéma m’interpellent.

Premièrement, il me semble que les écoles de pensée n’existent plus en science économique, ce qui n’est pas retranscrit dans cette représentation, qui indique une scission persistante entre deux écoles.

Deuxièmement, cette scission présentée comme contemporaine m’interroge. Je connais la vielle opposition monétaristes/keynésiens, mais pas hétérodoxes/néoclassiques. Monsieur Ponsot suggère-t-il qu’aucune avancée méthodologique n’est notable depuis Friedman ? De plus, pourquoi ranger Keynes dans les hétérodoxes ?

Ma culture de l’histoire de la pensée économique est très peu développée, néanmoins j’ai l’impression que ce schéma fait l’erreur d’oublier le tournant empirique en science économique.

Enfin je ne me prononce pas sur l’offre pléthorique de courants qui est présentée ici, je n’en ai pour la beaucoup pas entendu parler. Quelle est (était) la nature des divergences entre ces écoles ? :thinking:

Bref voilà un schéma qui semble être simple et résumer fidèlement l’HPE et l’état de la science économique actuelle. Mais j’ai l’intuition qu’il est simplement faux en livrant une photographie prise sous le prisme d’une certaine conception hétérodoxe de la science économique. :man_shrugging:t2:

Je suis en quête d’éclaircissement :smiley: :bulb:

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L’ouvrage parle des écoles en macroéconomie, et pour le coup je suis plutôt d’accord que la macroéconomie peut davantage se lire en écoles que le reste de la science économique. Il faut bien sûr avoir en tête que la macroéconomie ne représente que 10 à 15% des publications scientifiques en économie – donc généraliser ce qu’il se passe en macroéconomie à toute la discipline n’a pas grand sens empiriquement :

Après, sur ce genre de schémas, je dois dire que je ne suis pas très fan. Ça introduit beaucoup d’arbitraire, et ça donne une représentation à mon avis trop rigide – voire caricaturale. Par exemple, les modèles DSGE sont en un sens des adaptations « keynésiennes » des modèles RBC. Du coup, ceux qui sont considérés comme des « nouveaux keynésiens » dans le schéma sont en fait en partie en filiation de ceux qui sont appelés les « nouveaux classiques » (vu que les modèles RBC ont été développés par les nouveaux classiques, et les modèles DSGE par les nouveaux keynésiens).

Ces schémas donnent également l’impression (complètement fausse) que les différentes écoles « actuelles » ont un poids plus ou moins identique dans le débat scientifique – ce qui n’est pas le cas. Les « nouveaux keynésiens » dominent aujourd’hui complètement le champ scientifique – avec les modèles DSGE. Les « nouveaux classiques » (que j’assimile aux modèles RBC) ont dominé le champ dans les années 1980. L’école de la régulation n’existe pas tellement en-dehors de France, et les marxistes se comptent sans doute sur les doigts d’une main (je ne connais d’ailleurs pas les personnes citées dans le graphique).

Sans doute parce qu’au moment où il a publié ses idées, il était en-dehors du consensus scientifique (ce qui est la définition initiale de l’hétérodoxie). Mais c’est par définition le cas pour littéralement toutes les nouvelles idées. Friedman était lui aussi hétérodoxe, comme l’ont été Lucas, Mankiw et Krugman, lorsqu’il a présenté ses idées pour la première fois.

Mais je trouve ça complètement abusif de mettre Keynes dans un champ « hétérodoxe ». Il est aujourd’hui complètement intégré dans la science normale. En fait, je pense que le schéma aurait été plus rigoureux et eu plus de sens si au lieu de le présenter sous une différenciation « hétérodoxes/néoclassiques », il avait été présenté sous un angle « science normale/hétérodoxie ».

Le tournant empirique concerne avant tout la microéconomie, du coup ça n’est pas une erreur. Et de mon point de vue, la difficulté à tester empiriquement les modèles macroéconomiques est l’une des raisons qui explique la persistence d’écoles en macro (et pas en micro) : certaines hypothèses, certains présupposés, etc. ne pouvant pas (pour le moment du moins) être tranchés, ça laisse la place pour des interprétations – et donc de l’arbitraire. Et vu l’état méthodologique à mon désastreux de la macroéconomie aujourd’hui, je ne suis pas très optimiste sur une amélioration à court terme.

Voilà, j’espère t’avoir donné quelques éclaircissements intéressants :slightly_smiling_face:

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Je pense comprendre, merci :blush:

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Bonjour et merci pour ces explications. Savez-vous où il me serait possible de trouver les statistiques sur la part des recherches macro/micro en Économie ainsi que sur Écoles de pensée macro (régulationnistes, marxistes,…)?

Bien cordialement.

Merci.

Olivier en parle justement dans l’article qu’il cite : https://ecosceptique.com/microeconomie-macroeconomie-differences/

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